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Elle tournait depuis trop longtemps dans le quartier ; elle n’alluma plus de dernière cigarette, elle n’attendrait plus dans sa voiture. Elle relut le carton d’invitation, son nom y était bien écrit. Elle ouvrit la portière, laissa passer un couple qui ne la salua même pas. D’ailleurs pourquoi l’auraient-ils fait ?

Durant les quelques instants qu’elle prit pour se refermer sur elle-même, elle chercha comment le malaise inhérent à son esprit critique l’envahissait.

Maladroitement, elle fit glisser son étole violette sur ses coudes, elle avait observé dans un des miroirs que cette couleur éteignait les reliefs de son visage amaigri.

Elle vérifia une dernière fois que son image indiquait précisément d’où elle venait.

Les verres que distribuait le maître d’hôtel n’étaient pas tous également remplis, mais les invités les prenaient sans faire la moindre mimique de mécontentement. Elle pria l’un des hommes accoudés au bar de se déplacer. Il ne l’écouta pas.

Tandis qu’elle circulait dans la foule des invités, on lui tendait sans cesse la main, on lui parlait, on lui posait la main sur le bras comme pour commenter l’atmosphère.

Elle cherchait une silhouette qui lui renverrait ce qu’elle avait trouvé dans le fatras de ses souvenirs.

Le même scénario, parlé par sa grand-mère, celui que des générations d’hommes et de femmes n’avaient pas encore effacé, la tirait en arrière. Le jour se lèverait sur son désarroi.