Une belle charolaise blonde toute de travers mal orientée dans les replis du paysage

Un bruit de chaise ou de réveil sur le parquet teinté de rouge Empire celui qu’on utilisait à la Roche sur Yon au moment où justement on importait les charolaises de l’Allier Production de viande et de chair à canons

Les miettes de brioche comme un pain béni forment un cercle sacré autour de l’ardoise les étourneaux qu’on n’a pas chassé viendront picorer dans les cerisiers en fleurs

Sur le quai de la gare se pressent ainsi les associations d’idées qui véhiculent des trains de métaphores des ornements cocardiers que la mort demain va faucher

Comme les prairies de belles charolaises blondes qu’on va labourer On laisse en friche les regards furtifs on enveloppe de papier de soie les fils verts des écharpes qui bien tôt sentiront la naphtaline

Des souvenirs exhumés se pressent comme ces lampes multicolores qu’on ressort au 14 juillet entre les platanes histoire de fédérer la nation histoire que les médias gomment sous les presses de l’actualité

Les cendres ont fertilisé les prairies nacrées de gelée blanche aujourd’hui Petit clin d’œil de l’été de la Saint Martin une moitié de capote pour le manteau de la mère l’autre moitié pour celui du fils ils ne grelotteront plus dans les courants d’air de la porte et les fumées de la cheminée

L’officier a bien voulu croire que c’est au front que le manteau est resté accroché C’est à cette patère du souvenir qu’il pend Comme un oriflamme de dignité Les fanfares jouent faux comme les clavecins numériques sont piètrement reconstitués des noblesses de l’art

Sur le chemin de ciment gris sur lesquels les pas ne font pas de bruit les dames qui lavent les langes des blessés des enfants avortés des accouchements sanglants

La lampe qu’on laissée allumée résonne comme un pas de danse quia duré plus que de raison

Ici on abandonne les couvertures les fins des histoires les récits détramés

Un tisserand maladroit vend sur la place Napoléon les déclassés

On se loge provisoirement à l’hôtel près du garage Renault tant pis pour les nausées de la pompe à essence.

Une psyché cassée dans la vitrine de l’antiquaire dissimulée par un cadre qui exhibe deux médailles de gloire

Ce matin là l’histoire est en suspension

Une douzaine de phrases ne vont pas monter en neige Un précipité se forme bleu blanc rouge

Des moutons pas des canons

Une vache blonde charolaise remorquée par une charrette lavée de frais

Le rouet d’une fileuse prépare les draps rêches où l’enfant est conçu

Il sera là sur le quai de la gare mails ils ne le savent pas tous deux

Le printemps ne sera pas sanglant que de cette naissance

Dans la boue les ornières de la charrette ancrent le passage de cet homme si joyeux immobilisé par sa blessure dans un fauteuil d’osier

Le coin du feu le chat le siège de paille les tâches demeurent

__ Bientôt la suite__